Jean Proal

Un Lou dans la bergerie… Colère

La réédition 2013 de Histoire de Lou par Le Sablier éditions ne respecte absolument pas le texte de l'édition princeps....

Un Lou dans la bergerie… Colère !

Janvier 2014

Editions Le Sablier 2013

Alertés par plusieurs lecteurs, le Comité Lire Jean Proal a dû se pencher sur la réédition 2013 de Histoire de Lou par Le Sablier éditions, pour s’apercevoir que le texte présenté dans cette édition ne respecte absolument pas celui de l’édition princeps.

Couverture Editions Sablier

Au cours de notre relecture, nous avons malheureusement constaté plus de 300 oublis, transformations, fautes… qui altèrent ou falsifient le récit, voire le rendent inepte. Un chapitre entier qui aurait dû figurer entre les pages 104 et 105 est absent… Un autre chapitre, collé au précédent en bas de la page 141, oblige le lecteur à passer du chapitre 21 au chapitre 23 (puisque cette édition a choisi, à l’encontre de l’édition originale, des en-têtes des chapitres numérotés en lettres).

Tout cela nuit très gravement à la nature du texte de Jean Proal !

Un listing complet serait long. Nous ne donnons ici que quelques exemples de passages les plus manifestes de cette trahison du texte de l’auteur – trahison car jamais justifiable et de pure négligence. Et, pour ne pas égarer le lecteur, nous reproduisons l’intégralité du chapitre manquant.

LES AYANTS-DROITS DE L’ŒUVRE DE JEAN PROAL (MME FRANÇOISE ALLEGRE & MR JEAN-CLAUDE PROAL) TIENNENT A PRECISER QU’ILS N’ONT PAS ETE INFORMES DU PROJET DE PUBLICATION DE « HISTOIRE DE LOU » PAR LE SABLIER EDITIONS, EN AVRIL 2013. CETTE EDITION N’EST PAS DE LEUR RESPONSABILITE ET ILS SE SONT RETROUVES DEVANT LE FAIT ACCOMPLI. ILS DEPLORENT ET REGRETTENT LA TRANSFORMATION ARBITRAIRE DU TEXTE ORIGINAL – QUI AINSI PORTE UN GRAVE PREJUDICE AU SENS DE L’OUVRAGE VOULU PAR L’AUTEUR.

La couverture

D’abord il est à remarquer que l’image de couverture n’est absolument pas en mesure d’incarner ce roman féérique selon le mot de l’auteur partagé alors avec ses nombreux lecteurs, parfois eux-mêmes auteurs… Même si l’on met ce choix sur le compte de la mise à la mode actuelle, voire du marketing, comment y lire l’élégance et la beauté de la Dame des Neiges créée par Jean Proal, …
Curieuse lecture que d’avoir volontairement comme effacé la figure d’amitié de Lou et du loup… (ou volontairement infantilisante ?).
De plus, alors qu’une collection fut créée pour la réédition de Proal (la promesse de l’amandier) cet ouvrage paraît dans une autre collection (Papillon) et on peut regretter que le nom de l’auteur soit traité comme secondaire, en corps tellement plus petit que le titre qu’il disparaît dans une sorte d’anonymat…

Le texte

1/ paragraphes ou passages non saisis

p 21 : “C’était le lendemain de cette journée si singulière dans les archives du royaume”*
Au lieu de : C’était le lendemain de cette journée qui devait laisser des traces si singulières dans les archives du Royaume.** Suivi d’un retour de paragraphe non respecté Lorsque le petit garçon

p 23 : “Et sa bienveillance naturelle lui revint à l’égard de ce loup jaune qui comprenait si mal le travail des hommes.”
Au lieu de : Et sa bienveillance naturelle lui revînt à l’égard de ce loup jaune qui comprenait si mal l’importance du travail des hommes.

p 82 : “Chaque vague [il s’agit du brouillard] née de chaque creux, rejoignait la vague voisine, s’étalait. Il était debout au dessus d’un lac de brume” […].
Au lieu de : Chaque vague née de chaque creux, rejoignait la vague voisine, s’étalait. Déjà Pa ne voyait plus ses genoux. Il était debout au-dessus d’un lac de brume […]

p 109 : [Lou parlant à l’ours, qui fait grincer les couteaux acérés de ses griffes, et non pas “glisser” comme c’est écrit dans cette édition] “– Mais, si tu veux, tu peux quand même être mon ami !”.
Au lieu de : – Mais, si tu veux, je puis quand même être ton ami !
[cette inversion de la demande en proposition face à l’ours effrayant, est un passage essentiel puisque jusqu’à maintenant Petit Lou demandait à chacun s’il voulait bien être son ami]

p 123 : “Une truite, laissée brusquement à sec sur un rocher plat, fut obligée de courir de toutes ses forces pour rattraper l’eau vive.”
Au lieu de : Une truite, laissée brusquement à sec sur un rocher plat, se mit à bayer de stupéfaction et fut obligée de courir de toutes ses forces pour rattraper l’eau vive.

p 131 : – Hoho !… chanta la Dame, sur ce ton un peu protecteur mais câlin que l’on prend pour parler aux échos. Passage non saisi qui de ce fait ne permet pas de comprendre la suite : “– Hoho !… dit l’écho. Et tous les échos lui répondirent à leur tour.”

2/ phrases bouleversées, transformées ou incomplètes

p 110 : “Il regarda [il s’agit de l’ours] le petit garçon d’un air menaçant, coucha ses oreilles, gonfla sa vaste poitrine et grogna férocement. C’était juste le grognement de l’ours qui va charger, le grognement qui, dans toute la montagne, fait place au vide devant l’ours.”
Au lieu de : Il regarda le petit garçon d’un air menaçant, gonfla sa vaste poitrine, coucha les oreilles, et grogna férocement. C’était juste le grognement de l’ours qui va charger, le grognement qui, dans toute la montagne, fait place vide devant l’ours.

p 132 : “– Ho ! dit la Dame. Aurais-tu plus de souci pour moi que moi ?”
Au lieu de : Ho ! dit la Dame. Aurais-tu plus souci de moi que moi ?

p 150 : […] “c’était comme un avertissement et une promesse jetés.
À la seconde où il allait peut-être renoncer, par quelque émissaire sagace et bienveillant, collé au rocher, agrippé des ongles et des orteils, il commença son ascension.”
Au lieu de : […] c’était comme un avertissement et une promesse jetés à la seconde où il allait peut-être renoncer, par quelque émissaire sagace et bienveillant. Collé au rocher, agrippé des ongles et des orteils, il commença son ascension.

p 147 : “Elle était tout excitée, partagée entre l’envie de savoir et la peur existante du scandale.”
Au lieu de : [il s’agit de la chouette] Elle était à toute extrémité, partagée entre l’envie de savoir et la peur excitante du scandale.

3/ quelques mots inconnus de la personne qui a saisi le texte donnant lieu ainsi à un contenu absurde… 

p 102 : “L’aigle courut trois pas sur la terre, s’arrêta, replia les ailes.”
Au lieu de : L’aigle courut trois pas sur son erre, s’arrêta, replia ses ailes. [l’erre est la vitesse résiduelle, terme notamment utilisé pour les oiseaux ou les bateaux].

p 109 : “– Non ! dit froidement l’ours.”
Au lieu de : – Non ! dit roidement l’ours.

p 151 : “Un homme entraîné se fut décroché vingt fois dans la paroi noire […]”
Au lieu de : Un homme entraîné se fût déroché vingt fois dans la paroi noire […]

pp. 109, 111, 123, 126, 133, 134, 137, 141…

4/ et…

• mots absents : pp. 23, 81, 86, 90, 100, 125, 130, 148,149, 154

• mots ajoutés : pp. 80, 107, 135 et 136, 148

• mots transformés : pp. 32, 56, 64, 65, 73, 97 et 99, 102, 107, 109, 125, 145, 147, 149… (il y en a beaucoup)

• temps des verbes non respecté : pp. 24, 41, 112, 126, 131, 138 (notamment souvent le passé simple au lieu de l’imparfait)

• non respect des paragraphes (pas de retour à la ligne ou inversement) et parfois des signes de paragraphe annonçant une nouvelle intervention d’un personnage dans le dialogue : pp. 97, 140,

• fautes d’accord et d’orthographe : pp. 40, 50, 58, 140, 153 (notamment concernant « courir », « bâiller », « ces » au lieu de « ses » !…

• non respect des majuscules, notamment Palais, …

• de nombreuses fautes de ponctuation…

certains mots mis en italique à la place de guillemets (qui indiquaient une pensée du personnage) ou d’autres en italique, dans le texte proalien, non respectés alors que cela indiquait un soulignement essentiel (par exemple, p 146 et suivantes ensemble)

 * texte de la réédition du Sablier 2013
** texte de l’édition princeps, Gallimard 1956

Le chapitre manquant

Le ressentiment et le trouble de la Dame des Neiges étaient si grands qu’elle avait laissé trois jours entiers le fond de la vallée dans le brouillard. Trois jours et trois nuits, le bas-pays était resté enseveli dans la brume et déjà les lichens vert-de-gris envahissaient les arbres et la mousse recouvrait les rochers humides.
Aucun des messagers qu’elle avait envoyés vers le premier contrefort n’était revenu : ni le renard, ni le sanglier, ni le grand-duc, ni le chamois. Et elle savait que si elle réunissait maintenant le grand Conseil, elle se trouverait seule en face de l’ours.
Elle s’était enfermée dans la salle la plus secrète du Palais et, seul, l’ours veillait sur elle.

Pa et Lou avaient passé ces trois jours sur le premier contrefort, perdus dans le brouillard, à deviser paisiblement de choses paisibles. Ils avaient lié une grande amitié avec le feu qui, jour et nuit, les avaient enveloppés de sa chaleur.
Le renard, puis le sanglier, puis le chamois, puis – une nuit – le grand-duc s’étaient présentés et le petit garçon avait demandé à chacun s’il voulait être son ami. Et chacun, à sa manière, lui avait montré qu’il ne pouvait pas ne pas être son ami.
Le loup jaune, attentif et grognon, ne les avait pas quittés, leur apportant à manger, les entourant de son affection inquiète. Il leur avait signalé que la nappe de brouillard s’arrêtait à quelques centaines de mètres au-dessus du premier contrefort et qu’il leur suffirait de déplacer légèrement leur tente pour retrouver le grand soleil des jours et les nuits pleines d’étoiles. Mais Pa avait vertement répondu qu’il n’avait pas l’habitude de capituler devant un petit brouillard de rien du tout.
À plusieurs reprises, le prenant à part, Lou avait essayé d’obtenir du grand loup jaune quelques détails sur la Dame des Neiges, mais il s’était heurté chaque fois à un refus si désespéré qu’il y avait maintenant renoncé. Il n’avait pas parlé de la Dame à son père, car il redoutait – le connaissant bien ! – qu’il se livrât à quelque redoutable excès de parole.
Et les choses avaient été ainsi pendant ces trois jours, au cœur du brouillard où la nuit blanche, succédant à la nuit noire, évoquait à peine la course d’un soleil qu’on pouvait croire disparu à jamais.
Il s’était fait sur la vallée un silence solennel, semblable à celui qui précède les grands orages. Quelque chose se ramassait, se tendait dans l’espace. Et toutes les bêtes, toutes les plantes de la vallée attendaient ce qui allait se passer en essayant de réprimer leur angoisse. Seules les pierres, qui n’ont pas de cœur, continuaient à vivre leur éternelle mort.
Pa avait le cœur trop pur et il était trop plein de rancune contre ce brouillard qui l’empêchait de travailler, pour être sensible à cette tension. Mais il avait mangé, parlé, dormi, bâillé, puis mangé encore, parlé et dormi avec une sérénité un peu trop affectée pour être bien profonde. Pour la première fois de sa vie, Lou se sentait responsable et, au matin du quatrième jour, il prit une grande résolution.