LES ANNÉES DE GUERRE - PARIS, 1942 à 1950

Le service militaire

Jean Proal fait son service militaire peu après son mariage, dans un fort sur les hauteurs au nord de Toulon, en qualité de “gardien de batterie”.

 

La difficulté de vivre dans la capitale
En pleine guerre, saisissant l’occasion d’une suppression de poste à Malaucène, Jean Proal obtient, en février 1942, sa mutation à Paris ; Marie, sa femme, l’y rejoindra un an plus tard. Sa correspondance exprime nettement qu’il en escompte, outre la confirmation de la reconnaissance de Robert Denoël, un tremplin indispensable à une carrière littéraire qui lui permette de vivre de sa plume.

Les mutations

Les obligations de fonction de Jean Proal avaient fait assez souvent changer le couple de lieu de résidence puisqu’il est surnuméraire durant quelques années comme receveur de l’Enregistrement.

Ainsi, il est muté à Manosque en 1930, à Voiteur (Jura) en 1933, puis à Bonnieux… Enfin titulaire de son poste, il est nommé à Malaucène – de 1934 à 1942 – où son épouse exercera régulièrement son métier d’institutrice.

 

En 1939, il est affecté à un régiment d’artillerie, mais réformé dès 1940 pour raison de santé.

profil Jean Proal
Les Arnaud de Jean Proal

Les Arnaud pour le Goncourt

Ainsi, animé d’un immense espoir de “percer”, il choisit d’aller à Paris juste après la parution de son livre, considéré comme le plus accompli, Les Arnaud. Il “se bat” pour décrocher le Goncourt – soutenu par son éditeur, Robert Denoël, et plusieurs auteurs. En effet, ce roman reçut le plus large éloge du monde littéraire, parmi lesquels Alexandre Arnoux, Louis Le Sidaner, Marie Gasquet… ; il récolta, en outre, les hommages des plus célèbres plumes de la critique littéraire qui le citait en bonne place dans leurs pronostics du prix Goncourt.

Si de sa vie quotidienne à Paris on sait bien peu de choses, sa correspondance témoigne de son effort pour se faire connaître et adopter. Effort en partie réussi, puisque certains auteurs reconnurent son talent, comme Max Jacob, Blaise Cendrars, Jean de la Varende, Jean Rostand… ; et aussi les contacts suivis avec Louis Aragon, qui publiera plusieurs de ses textes dans Les Lettres Françaises.
Cependant – il le dira après avoir quitté Paris – il s’est senti exilé. Entamant, à ses yeux, comme une nouvelle carrière, alors qu’il était si peu enclin aux mondanités et aux rites de la concurrence des milieux littéraires et à la Presse, il n’a « pas su ou pas pu, comme il dit, jouer des coudes ». Il est certain, en outre, que le double handicap de la guerre, avec les épreuves de l’occupation, et de sa douleur sentimentale n’a pas facilité ce qui déjà en soi est délicat à conquérir. Et pourtant, il dépensa une énergie extraordinaire auprès des revues et des journaux ; en même temps, il ne cessa de contacter les organismes de radio et les divers intermédiaires du monde du théâtre et du cinéma – en particulier Valentine Tessier, Marcel Pagnol et Louis Jouvet, rencontré grâce à Léo Lapara, ce dernier jusqu’au bout un ami attentif et soutenant ses efforts, en particulier auprès du monde du théâtre.

Une grande partie de son œuvre est publiée lors de son séjour à Paris. Où souffle la lombarde, en 1944 ; Bagarres, en 1945 – lié à sa vie à Malaucène de 1934 à 1942 et qui fera l’objet du film, en 1948, d’Henri Calef ; Suite montagnarde et Au pays du chamois, en 1948.

Je suis surpris qu’un écrivain de la qualité de Jean Proal n’ait pas fait une carrière plus lumineuse, plus célèbrement connue. Sans doute l’ombre de Giono lui a t-elle porté un peu tort – encore que ce ne soit pas la même Provence qu’ils décrivent, ni l’un ni l’autre. La seule, la vraie pour moi, l’authentique, la Provence que l’on retrouve à travers les écrits de Jean Proal, c’est la Provence de Jean Proal, la Haute-Provence. Jean était d’une timidité que personne ne peut soupçonner. Et il dissimulait cette timidité derrière une espèce d’arrogance qui n’en était pas une.

Léo Lapara
Secrétaire de Louis Jouvet