autoportrait Jean Proal - article Christian Chavassieux

Témoignage de Christian Chavassieux

autoportrait - Jean Proal

Autoportrait 1924

PROAL, DAVANTAGE poète que romancier

Par Christian Chavassieux

Suite à ma lecture (conseillée par Pierre-Julien Brunet) de “Mon très cher cueilleur de roses”, récent roman de Christian Chavassieux *, je lui avais écrit et envoyé plusieurs des ouvrages réédités récemment et des publications de l’AAJP…
Après en avoir eu l’autorisation, nous vous donnons l’occasion de partager son témoignage, situant la profondeur et singularité de l’écriture de Jean Proal.

AMV
* pour plus d’informations : https://auvergnerhonealpes-auteurs.org/auteur/christian-chavassieux/

Larges extraits de la lettre manuscrite, envoyée en janvier 2023 à Anne-marie VIDAL

Grâce à vous, grâce à votre geste généreux, je découvre (et je vais tenter, tente déjà auprès de mes amis écrivains) un auteur remarquable, une langue singulière, un style singulier, en tout cas langue et style assez peu comparables, non seulement à la production de l’époque mais à la production actuelle. C’est exactement ce que le lecteur que je suis recherche en littérature : une voix unique.

Jean Proal avait cette qualité (j’allais écrire “cette autorité”) enviable et c’est pour cela que ses pairs l’ont salué, car c’est un frère universel pour tous ceux qui tentent d’approcher cette sorte de Graal : inventer sa propre langue. Ils ne sont pas nombreux à y parvenir. L’auteur que vous défendez avec ferveur et de ceux-là.

Le lisant, j’ai cru deviner ce qui a peut-être, d’une part, réduit l’étiage de son lectorat et l’a, d’autre part, jeté au purgatoire du temps. Non la noirceur du propos, non la nature provinciale du contexte mais la poésie de son écriture, sa rigueur aussi, qui en ont fait peu ou prou un “écrivain pour écrivain”. Je crois que c’est dit par un critique ou ami cité en annexe de De sel et de cendre.

Jean Proal est davantage poète que romancier, un peu comme fut Julien Gracq, Jacques Borel ou Violette Leduc. Il me semble d’ailleurs que Jacques Borel subit le même sort que Proal, en ce premier quart du XXIe siècle. Ils sont légion ceux que le public a oublié, les Thyde Monnier, Pierre Magnan, Gilbert Cesbron… Les relire renvoie tout auteur publié à la vanité de ses propres travaux et à la volatilité de la reconnaissance.


Scènes remarquables parfaitement senties, personnages passionnants, descriptions somptueuses, relations à l’art, poésie incarnée, l’écriture de Proal a un intérêt réel, malgré le passage du temps. Je garde et conserverai longtemps, par exemple, son écriture comme exemplaire de ce que la nature peut apporter à l’inspiration d’un auteur, et de ce qu’un auteur peut apporter à notre regard sur la nature, sa confrontation avec la compacité des volontés humaines. C’est dans la sensation physique, la confrontation avec les éléments, que Proal me paraît particulièrement novateur. Un grand, l’un des plus grands. Je le vois ici à la mesure des grands Américains.


Merci de vos efforts, recevez ma gratitude pour le travail obstiné que vous avez engagé. Heureux de partager avec vous et avec notre ami Pierre-Julien, le souvenir vivant d’une écriture singulière.

Amicalement


Christian Chavassieux