Jean Proal

Suite montagnarde, de Jean Proal

Recueil de nouvelles et de souvenirs d'enfance...

Suite montagnarde, de Jean Proal

Recueil de nouvelles

Editions Denoël (1948)

Il s’agit non d’un roman mais de la réunion de textes divers et datant de périodes différentes en 3 parties. D’abord, des nouvelles et une adaptation théâtrale (La peur des loups) de Où souffle la lombarde, autour du thème du malentendu (dont l’une est particulièrement moderne et poignante Thérèse au soir), puis des récits liés à la nature et la vie en montagne, puis des évocations biographiques de l’enfance et l’adolescence de l’auteur.

« Le conte, la nouvelle, le court récit sont des formes d’expression qui ne me sont pas familières », note Proal dans sa préface. Mais il ajoute : « Je ne suis, en toute humilité, en toute ingénuité, qu’un raconteur d’histoires. […] Après six romans, où j’ai essayé de dire un peu de la peine et de l’espoir des hommes, j’éprouve le besoin de m’arrêter un moment et de souffler. […] Cette Suite montagnarde, ces pages […] sans autre unité que mon unité profonde, […] c’est le contrepoint de ma petite musique, l’écho, peut-être, d’une chanson dont le fil s’est cassé… ».

 

 Les accents plus personnels de cette suite de textes témoignent en effet du besoin d’un retour aux sources pour permettre à l’écriture narrative de longue haleine de fuser de nouveau. La même année, paraît chez Albin Michel, dans la collection « Scènes de la vie des bêtes » un texte documentaire intitulé Au pays du chamois.

Comme l’annonce son titre, propose accents et mélodies variées. Récits et réflexions toujours attentifs aux êtres et aux choses nourris et peuplés de ce poids singulier qui semble leur venir de la montagne.

Nouvelles, dont le ton bouleverse le lecteur tant Jean Proal sait y désigner l’incommunicabilité baignée d’amour entravé. Drame de l’homme, solitude de la femme, ou mutisme entre deux êtres, tous confrontés à une injonction secrète de la montagne qui leur transmettrait comme un interdit… Malentendus.

Description minutieuse, plus à propos de que sur la chasse, de « cette vie des hautes vallées, cette vie lente, rave, dure ». Courageuse et modeste vie de ces Montagnards, dont « le nom n’a pas été inscrit au palmarès des premières« , parmi les bêtes où « leur lutte se mène d’égal à égal »… De la truite au chamois.

Evocations personnelles et souvenirs d’enfance, son Journal, où la prose donne libre cours aux accents poétiques, et ce jusqu’au titre. Restituant par exemple cette présence charnelle de l’hiver et celle de la neige dans laquelle enfant il marchait « sans plus de bruit qu’un flocon de brume emporté par la brise »… Grand moissonneur de blé de lune.

Critiques

Quelques enthousiasmes dont Armand Lanoux, Marie Mauron qui l’évoquent dans leur lettres…

« J’aime vos bouquins et plus encore la « Suite ». Nous avons besoin de ce style rèche, de ces tragédies campagnardes et de vos héros taillés à coup de serpe, à la… Jean Lurçat. Nous avons besoin de ce style rêche, de ces tragédies campagnardes, et de vos héros taillés à coup de serpe à la manière de Jean Lurçat. Il est bon qu’il y ait des chaussures cloutées d’ailes de mouche et de tricounis à côté des souliers en peau d’ange de nos sophistiqués. Au besoin pour les écraser un peu, sans méchanceté. Ce qu’il y a d’épatant dans ce que vous faites, c’est que c’est chargé d’oxygène, même quand vous écrivez noir. J’ai particulièrement aimé dans la “Suite” le thème affreux des “malentendus”, et le “Blé de Lune”, si tendre. La perfection de la Truite au Chamois, je ne peux la sentir malgré tout que par procuration, n’étant ni pêcheur ni chasseur. Cela tient sans doute au fait que je suis du pays de l’Ile de France, où souffle le joli vent plutôt que la Lombarde. »
Armand Lanoux, 23 octobre 1948 (A.D. Fonds Jean Proal)

« Tu ne peux pas savoir ce que j’aime connaître l’enfant Jean ! Tu me plais avec ton carnet relié ». [cf “Carnet de Moleskine” in Suite montagnarde]
Marie Mauron, 13 juin 1945

Presse

Cet ouvrage est salué par André Wurmser – pourtant si peu reconnaissant envers l’identité créatrice de l’œuvre de Proal (cf introduction in Jean Proal, créateur d’humanité) – parlant en fin de son long article des Lettres Françaises du 18 novembre 1948, de “véritables poèmes en prose”.

Etudes actuelles

Cf Carnet du Ventoux n°75, Anne-Marie Vidal : l’aimantation des femmes

Rééditions

Editions de l’Envol, 1995 (épuisé)