Jean Proal

Printemps des Alpilles, de Jean Proal

Jean Proal exprime ici sa fusion étroite avec la nature en un court texte spirituel et poétique, illustré par Patrick Serena...

Printemps des Alpilles, de Jean Proal

Poésie

Livret de l’AAJP

Ce texte est un inédit, paru une seule fois, en 1960, dans l’article de la revue Les Nouvelles Littéraires.
Les deux personnages, pourrait-on dire, sont l’amandier et le printemps !

Ici Jean Proal nous offre, outre une célébration de la nature au sortir de l’hiver, une confidence à propos de ce lien fusionnel qu’il entretient avec elle, notamment avec les arbres.
Souvent sous un registre humoristique, il déploie un vocabulaire poétique qui sait réveiller cette vibration de tous les sens incités à une fine acuité lors de l’irruption du printemps…

Illustré par Patrick Serena (cf le livre d’artiste éponyme)
Joli ‘livret’ (collection 14×14), imprimé en vert, sur beau papier sensation linear 120 gr., par Philippe Moreau, Archétype
Certains passages ont été, par l’auteur, choisis pour le livre d’artiste fait avec Anna-Eva Bergman, L’or de vivre, paru en 1974 (cf catalogue de l’exposition Jean Proal, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung – une amitié créatrice)

Format 14 x 14 / 12 pages / exemplaires numérotés
© édition AAJP – 2010
Prix : 10€ (+ frais de port)

Extraits

lettrine-Pr-alp044 Lettrine de la parution de 1960 dans la revue Les Nouvelles Littéraires

Printemps et Alpilles, deux mots-mirages ! Et si j’essaie de remonter le cours de leur sève, je m’aperçois que tous les deux plongent leurs racines au plus profond de mon enfance montagnarde. C’est sans doute ce qui les charge pour moi de tant de sens et de tant de pouvoirs.

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© Patrick Serena

L’hiver tout entier nous était pourtant fête majeure, avec le brasillement de la neige, la glace bleue des ruisseaux et des fontaines et les feux ronflants dans les cheminées. Et je me demande quelles magies pouvaient évoquer ce mot de printemps, quelle récompense il pouvait nous apporter, ou quelle compensation ? Mais je m’aperçois que ma joie était la même de prévoir et de découvrir la première neige […] (p. 3)

Tout cela pour dire que je suis lié, mêlé au temps de très intime façon. Quant au lieu – et surtout lorsqu’il s’agit de cette Provence qui a toujours figuré pour nous la Terre promise –, ce pays où j’ai choisi de vivre pour des raisons très profondes, je crois qu’il ne s’agit plus de mélange, mais d’une assez étrange fusion. Je n’ai jamais été très sûr d’avoir une existence distincte de celle des arbres, de l’eau et des pierres qui m’entouraient – et j’en suis moins sûr que jamais – mais s’il s’agit de la pierre, de l’eau et des arbres que j’ai choisis, alors je suis sûr de cette confuse mais irréfutable identité. (p. 4)

C’est un pays où lumière ne veut pas dire couleur, où simplicité ne signifie pas pauvreté, où le silence n’est pas le vide, où le dépouillement n’est que subtilité. C’est le pays où la roche vit du même souffle que le ciel, où les plantes et les bêtes, mal dégagées du minéral, ressemblent facilement à des cailloux et où les cailloux, sous la changeante et fine lumière, prennent facilement le duvet du fruit mûr. (p. 6)

 

 

 

 

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© Patrick Serena

Il y a, dans la floraison de l’amandier, un fond de traîtrise, ou de fantaisie, qui me laisse chaque année pantois. Il bourgeonne, bien sûr, mais ses bourgeons sont de si minuscules têtes d’épingles qui ne font pas ce brouillard vert, ce halo qui change la densité des arbres qui vont fleurir. Les bourgeons s’entrouvrent, comme tous les bourgeons, et s’allument d’un point blanc ou rose, mais de si discrète façon que vous passez sur la route voisine sans vous en douter. Depuis des jours vous surveillez cet arbre qui vous paraît mieux soigné, plus abrité, plus avancé… et c’est à dix kilomètres de là, sur un arbre bancroche […] (p. 8-9]

 

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© Patrick Serena

Ce qui était tout à l’heure le silence est devenu le bourdonnement même de la vie, vibration sourde que traverse le trait d’un frelon, la flèche aiguë d’un passereau, la course invisible d’une bestiole dans le taillis. Ce qui était hier la fine odeur de pierre et d’herbes sèches est devenu l’odeur du buis fleuri, l’odeur de la terre en travail comme une chair humaine. (p.10)

 

 

 

Livre d’artiste réalisé par Patrick Serena (2010)

printemps_des_alpilles_patrick_serena-coverEditeur : Les Nouvelles Littéraires, Paris 1960
Format : 19,5 x 26 cm
Justification : création prévue en 12 exemplaires
Décor : texte en 12 séquences, tiré sur papier calque, avec aquarelles et véritables empreintes d’amandier
Reliure : Hélène Logeay, reliure copte
Destination : commande de l’AAJP, vente par l’artiste à des particuliers ou bibliothèques
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