Jean Proal

Magie de la Camargue, de Jean Proal

La Camargue fut, à partir des années cinquante, un des sujets privilégiés de l’œuvre de Jean Proal.

Magie de la Camargue, de Jean Proal

Photographies de Denys Colomb de Daunant

Editions Ekkehard-Presse (1960)
Magie de la Camargue, Jean Proal

La Camargue fut, à partir des années cinquante, un des sujets privilégiés de l’œuvre de Jean Proal. Après son roman De sel et de cendre, et peu de temps après l’album Camargue, il écrit un texte, là encore avec des photographies (cette fois quelques-unes en couleur) de Denys Colomb de Daunant, qui est salué par la revue Les Nouvelles littéraires.

Ce texte distingue la “Camargue industrielle” (un monde de bulldozers, pour la culture du riz notamment) à la pointe nord du delta du Rhône et la ”Camargue traditionnelle”, pays d’étangs et de marais. Il y aborde, plus à titre d’inquiétude que de réponse, la délicate question de leur coexistence.
Puis, il focalise son propos sur les aspects de la vie, humaine et animale – aussi bien celle des taureaux, des chevaux que celle des nombreux oiseaux. Il évoque alors les coutumes, le rôle des gardians et l’importance des jeux et des fêtes ainsi que le peuple des nomades (Gitans et Roms).
Le texte s’achève comme celui (dont le contenu est très proche) intitulé Le peuple de la route paru dans des journaux et lu à la radio en 1956 par une citation de Lanza del Vasto.
Proal légende les illustrations par des phrases poétiques et à chaque fois contextuelles.

À ne pas confondre avec l’autre texte « Magie de Camargue » hymne poétique à l’eau et la lumière, écrit en1966 ; et paru avec 3 autres textes dont Le peuple de la route dans l’album Camargue (Sablier éditions, 2008).

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Magie de la Camargue, Flamants

Extraits

Voyageurs attirés aux Saintes par le pittoresque du rendez-vous des errants, ne vous fiez pas trop à ce pittoresque. Ne vous contentez point des chansons flamencas chantées aux terrasses des cafés, ou de danses dont la présence même de la foule fausse le sens.
Loin de la cohue, entre les roulottes, dans l’ombre de la plage, essayez de surprendre la vie réelle, la vie secrète du peuple secret. Il y faut beaucoup de discrétion. Et un peu d’amitié. Alors, peut-être, surprendrez-vous un vieillard tirant de sa guitare une plainte aussi vieille que la peine des hommes. Une petite fille, lentement envahie, possédée, soulevée par le rythme millénaire se mettra peut-être à danser.
Vous aurez conscience d’avoir été effleuré par un pathétique secret et, peut-être, les vers de Lanza del Vasto chanteront-ils pour vous la détresse et l’orgueil des nomades :
«J’ai ma maison dans le vent sans mémoire,
J’ai mon savoir dans les livres du vent,
Comme la mer j’ai dans le vent ma gloire
Comme le vent, j’ai ma fin dans le vent.»
Ces vers où l’on ne peut pas s’empêcher d’entendre vibrer sourdement la voix magique de la Camargue. (p. 22)