Jean Proal

Permanence de Jean Proal

Tous les 1er et 3ème lundi du mois, de 10h00 à 12h00 la petite équipe des petites alpes vous accueille à la Maison des Métiers du Livre de Forcalquier : un lieu de ...

La permanence de Jean Proal

Tous les 1er et 3e lundi du mois, de 10h00 à 12h00

Maison des Métiers du Livre
4 avenue de l'Observatoire
04300 Forcalquier
Tél.   04 92 74 87 11
Port. 06 88 10 70 63

Permanence de Jean Proal

Un lieu de rendez-vous ouvert à tous

Une permanence Jean Proal se tiendra donc régulièrement à la Maison des Métiers du Livre de Forcalquier.

Le public pourra venir librement faire connaissance avec l'auteur et l'association des Amis de Jean Proal.
Les membres de l'association seront à la disposition des personnes pour les accueillir et les informer sur la vie et l'œuvre de Jean Proal.
Des ouvrages de l'auteur et autour de l'auteur pourront être consultés ou achetés sur place, dont ceux édités par l'AAJP (Revues, Feuillets, etc.).

Permanence de Jean Proal

Un espace de travail

Permanence de Jean Proal

En dehors de l'accueil du public, une petite équipe de membres actifs travaillera sur le long terme à la saisie des textes de Jean Proal, à la relecture de documents de l'auteur et à l'archivage de certaines de ses œuvres, pour lequel une structure d'accueil pérenne est activement recherchée.

La petite équipe – ouverte aux personnes de bonne volonté – travaillera également au rayonnement de l'association des Amis de Jean Proal, en contactant les librairies et les bibliothèques pour leur proposer l'achat ou le dépôt des Revues et des Feuillets de l'AAJP, du livre Jean Proal, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung – une amitié créatrice, etc.

Au delà de son ancrage local, cette équipe pourra compter sur la collaboration des autres membres de l'AAJP répartis partout en France, pour trouver un éditeur afin d'éditer les textes de Jean Proal – dont certains restent encore à ce jour inédits – mais aussi d'accentuer le rayonnement de l'œuvre de Jean Proal en contactant les enseignants et les universitaires dans les régions. 

La petite équipe des petites alpes

Vous êtes les bienvenus.
Que ce soit pour une aide occasionnelle ou périodique ou assidue.
Faîtes-nous savoir vos disponibilités.
Contactez-nous...

Pour en savoir plus : La vie de Jean Proal / L'œuvre de Jean Proal / L'association des Amis de Jean Proal

Thérèse Barrère          Régine Périlleux
Simone Nguyen           Mireille Sève
Bernadette Ollivier     Anne-Marie Vidal

Après avoir vagabondé sur des chemins de traverse où sens et cœur en éveil, j’écoutais et essayais d'entendre les maux au-delà des mots dits ou tus, c’est le “métier d’amie” * qui m’a conduite à participer à la petite équipe des petites alpes. TB
* expression de Jean Proal (cf notre Revue n°3, Jean Proal, le métier d’ami)

Sensibilisée à la beauté des paysages au décours de mes innombrables voyages, j'ai été émerveillée par le style de Jean Proal décrivant la splendeur de la Nature : poésie, sentiments, sensations, expérience, fragrances, rudesse et clémence, violence et harmonie. J'ai choisi de me mettre au vert dans le village saint michellois pour une retraite utile, humaine et sereine".  SN

De nombreux chemins se croisent et un jour à l’angle d’une rue j’ai rencontré “L’amitié Proalienne” en la personne de Jean-Claude, le neveu de l’auteur. Une Amitié qui ne s'écrit pas, ne se lit pas mais se vit. Elle se vit depuis trois décennies – que de chemin parcouru depuis… RP

Dans les AHP comme pour l’AAJP, j’ai vu de la lumière… Et je suis rentrée. Et je suis restée. Et j’ai voulu contribuer à la vie d’ici. Arrêtée, par l’absolue lumière et la rude insoumission de ces lieux qui nous obligent. Prise, par la puissance toute en délicatesse de l’écriture de lieux À hauteur d’Homme ; Et pourtant négligée, pourtant presque oubliée. Sous le charme de l’inconnu, de l’audace du projet et beaucoup, des filaments d’amitiés… Comment résister et ne pas rejoindre l’aventure ! MS

Lectrice assidue, lorsque j’ai eu l’occasion de découvrir en 1991 son œuvre (intense et si près des tumultes de l’être comme de la nature) j’ai été comme embarquée dans cette aventure proalienne (édition et association des Amis de Jean Proal) ; j’ai de suite ressenti l’injustice de cet oubli – tant pour la qualité d’acuité de son regard que pour nous lecteurs. De là, l’engagement, quasi militant, pour le faire partager et reconnaître. Et l’amitié était de la partie. C’est important de revivifier concrètement son expression “métier d’ami” – et la petite équipe insuffle les bases d’un nouvel élan. Voyez-y une invitation à rejoindre la petite équipe des petites alpes… AMV

Extrait Journal d'Al Sola de Jean Proal

Brève sur le Journal d’Al Sola

Proal très malade a été obligé de passer plus de deux ans au sanatorium d’Al Sola, Amélie-les-Bains dans les Pyrénées. Ce texte, écrit sur seulement deux mois en 1962, qui se présente sous forme de trois cahiers à spirales, ne fut jamais édité ; ni vraisemblablement (selon les divers documents du fonds Jean Proal ou Suzon Proal des archives du 04) un projet de publication pour l’auteur lui-même – pas plus, ou pas moins, d’ailleurs que “Carnet de route” son premier journal. Il s’agissait à ses yeux, semble-t-il, de reprendre le fil de la véritable écriture, tel un musicien qui en convalescence refait ses gammes.

Les quelques passages ci-dessous permettent de se faire une idée de ces 200 pages de retour sur son itinéraire d’écriture, d’amitiés et surtout de cette plus juste connaissance de lui-même que Jean Proal aborde avec parfois beaucoup d’humilité. Journal, sorte de vide-poches dit-il – sous l’égide de la règle absolue d’être vrai (leçon retenue de Montaigne ou Rousseau).

Des descriptions de paysages et de mœurs ou bagarres d’oiseaux (qu’il photographiait) font aussi le tissu de ce Journal qu’il entame ainsi : “Al Sola, 1er janvier 1962”.

Que de joies et quelles joies m’auront données les mots ! dans ma vie.

Et je crois bien que je le tiens de ma mère. C’étaient des joies que nous partagions comme nous partagions un fruit. Je l’entends encore rire de plaisir parce qu’elle avait trouvé pourquoi on traitait de goujat quelqu’un de maladroit ou que menacer quelqu’un du feu grig était simplement le vouer au feu grégeois. Joies d’un esprit sans détours et d’un cœur pur et c’était le temps où nous riions ensemble.

Je pense aux mots, au verbe. À l’importance du mot écrit, à cette référence continuelle des autres arts à celui de l’écriture (d’une peinture, d’une conférence, de la radio, du cinéma, d’une symphonie et tant d’autres “expressions”) on entend : Et quelle écriture ! jusqu’à la sculpture qui s’écrit dans le ciel ou dans l’espace. Référence assez suspecte d’ailleurs, car justement ce qui me hante c’est l’impuissance, l’insuffisance de l’écriture… 11 janvier

Un mot de ma vie “dans le temps”, pour compléter les coordonnées : je ne quitte pratiquement pas la chambre. Je ne descends jamais au restaurant, je n’use jamais des deux ou trois heures de “recréation” qui groupent les autres malades dans la salle de jeu, devant la télévision, ou en de courtes promenades à proximité du Sana. Je dois noter que cette claustration est à 95 % volontaire : je n’éprouve pas l’envie de me mêler aux autres. Ils m’ennuient assez vite (comme je dois les ennuyer) et je n’ai rien à leur dire. De plus, quand j’ai accepté l’idée du Sana, ça a été avec un tel sentiment de rage et presque de remords, que je suis allé directement à l’extrême limite de tout ce qu’on pouvait faire pour guérir le plus rapidement possible. (J’ai vécu plus de six mois, au début avec plus de 22 heures de lit par jour, et j’en suis maintenant à 18).

[…] …des oiseaux. Je ne vais pas m’attendrir sur “les fidèles petits compagnons de ma solitude” ; bien qu’on puisse déjà prévoir le rôle et la place qu’ils tiennent dans ma vie – mais, depuis maintenant quatorze mois, je vis avec eux, et je ne vis pratiquement qu’avec eux – je les observe six ou huit heures par jour ; en cette minute où j’écris cette phrase, j’ai levé six fois la tête pour regarder, ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil, cette fête presque perpétuelle qu’ils m’offrent : cette fête de la vie. Car c’est cela, qu’ils m’ont donné, qu’ils me donnent : sur cette mer et cette terre trop lointaines pour qu’on y sente une respiration, sur ce ciel – si vivant pourtant, parcouru de galopades, semé de plumes ou de fleurs, frémissant de nuances et de reflets mais où manque le battement d’un cœur et la chaleur du sang – mes oiseaux ont été, et ils sont presque seuls à avoir été l’image de la vie.

Et quelle vie ! Parmi toute vie je n’en connais pas de plus remuante, de plus absorbante, de plus exigeante, de plus pressante – de plus vivante. 6 février.

Chacun de mes livres était – au moment où je l’ai donné – le plus parfait, le moins imparfait qu’il pouvait être. Je n’en renie aucun, mais ils sont détachés de moi comme des enfants majeurs sur la destinée de qui je ne pourrai plus intervenir. Au point que j’ai parfois beaucoup de mal ou que je n’arrive pas à retrouver l’histoire que j’ai racontée, le nom de mes personnages, etc. Et Dieu sait pourtant s’ils m’ont été proches, vivants – aussi réels que les êtres qui m’entouraient et sans doute davantage. J’ai pensé quelquefois à les réunir tous, ou les plus importants dans quelque jardin secret où ils se diraient et où ils me diraient ce qu’ils ont sur le cœur. Et je m’aperçois que cette notion de “séparation”, de coupure du lien ombilical est fausse. Car mes livres passés, les plus oubliés, les plus “épuisés”, les plus radicalement “non lus” ne prendront leur sens et leur portée que lorsque je ne pourrai plus leur ajouter une ligne, un mot, une intention (et je dis leur ajouter, mais je veux dire ajouter à mon “œuvre”) c’est-à-dire lorsque je serai mort. Ici aussi, ici peut-être surtout, intervient le « sculpter le visage de sa mort » de Rilke qui est en réalité sculpter le visage de sa vie. Toute minute de ma vie à venir peut défigurer (transfigurer, aussi : changer le visage) ma vie tout entière. Toute page nouvelle peut modifier, renier même tout ce que j’ai écrit.

[…] Si, ici devant moi quelques-unes des années dont j’ai essayé jusqu’ici d’édifier les bases et la possibilité, je pourrai peut-être construire le toit qui donnera à la maison son sens de maison. Tout compté, tout pesé – et je suis là pour tout peser et tout compter – au-dessus de ces miraculeuses fondations que sont mon enfance, il y a un grand trou noir traversé de fantômes, éclairé par cette lampe qui disait que ce n’était pas vrai, que ce ne pouvait pas être vrai. Je suis parvenu à l’âge d’homme – à cette Hauteur d’Homme que j’invoquais à trente ans – entre 45 et 50 ans. Peut-être que c’est maintenant que ça commence – sur mon lit d’invalide – ce qu’ils appellent la force de l’âge. 18 février.

Journal d’Al Sola, 1962 (inédit, en projet de publication)

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