Jean Proal

Jean Proal en pays de lumière

Mercredi 19 AOUT 2015 à 18h30. Lecture publique "Dans la houle des mots" à la Maison des Métiers du Livre de Forcalquier. Promenade littéraire à travers le pays de J...

Dans la houle des motsJean Proal en pays de lumière

Mercredi 19 août 2015 à 18h30

Maison des Métiers du Livre
4 avenue de l’Observatoire
04300 Forcalquier
Tél. 06 88 10 70 63
Libre participation aux frais

Lecture en public interprétée par Yves Mugler et Anne-Marie Vidal, suivie d’un échange avec le public.

Ce quatrième rendez-vous 2015 ‘Dans la houle des mots’ vous invite à une promenade littéraire à travers le pays de Jean Proal.

« Sans mon pays, je ne serais rien. Mais quel est mon pays ? Goût de la lumière, du dépouillement et du silence. Sens du tragique. Violence intérieure et retenue d’expression. Avidité de vivre et sens du fatalisme. Besoin de joie et goût de l’amertume. »

Jean Proal en pays de lumière

Plateau d’Entrevennes © Jacques Cantraine

Notre ami Jacques Cantraine – fidèle membre actif pendant des années de l’AAJP, lecteur et admirateur de l’œuvre de Proal – a ce regard à la fois classique et audacieux, pictural et facétieux. Depuis longtemps “ébloui” par les paysages décrits par Giono, “gourmand de lumière”, ce modeste “montreur d’images” (comme il dit) expose durant un an au Centre Giono de Manosque. 13 juin 2015 au 21 mai 2016
http://www.centrejeangiono.com/pages/actualites.php

Extraits

« C’est un soir d’avant-printemps – un de ces soirs de miraculeuse lumière que les dieux ont donnés à ce pays pour le consoler de n’avoir pas la douceur de la mer ni la noblesse des grandes cimes ». Où souffle la lombarde in Revue n°1, Jean Proal, une écriture saisissante

« Sans mon pays, je ne serais rien. Mais quel est mon pays ? Montagne ? Provence ? Les deux, sans doute que réunit et résume cette “marche” (frange et degré) de Haute-Provence où je suis né et où j’ai pris conscience de mes richesses et de mes limites. Goût de la lumière, du dépouillement et du silence. Sens du tragique. Violence intérieure et retenue d’expression. Avidité de vivre et sens de la fatalité. Besoin de joie et goût de l’amertume. Paralysante pudeur. Obstination qui touche à l’entêtement. Bonté vite effarouchée. Orgueilleuse humilité.. J’allais essayer de faire le départ, de dire : ceci est du provençal et cela du montagnard. Mais je m’aperçois que ces défauts et ces qualités définissent aussi bien l’un que l’autre et que, ma province, c’est la lumière méridionale ». Interview paru dans Les Nouvelles Littéraires 8/09/1955, in Revue n° 2, Les Arnaud, le livre d’un doux sauvage

« Entre le foin et la moisson, le temps des lavandes pousse sa fièvre rouge et bleu.
Rouge, flamme de l’été sur la garrigue ; bleu des fleurs à longue tige ; bleu tremblant des soirs et des matins aux marges du soleil. Sueur ardente des corps. Bleu des billets qui s’entassent aux caches secrètes.
Dures journées du temps des lavandes, mais belles journées. Seuls jours des durs pays où l’on sorte de la longue routine. Seuls jours où le travail est payé geste par geste, où l’on ramasse une pincée d’argent à chaque fois qu’on se baisse. Seuls jours où le travail du matin rejoint le soir l’argent de la veille et augmente le tas.
Sur les nuques baissées, offertes en plein à la dent du soleil, les mouchoirs se sont dépliés, que l’on mouille de temps à autre à l’eau de la gourde. On avance, lentement, en traînant après soi le sac qui s’alourdit. Pas à pas, une touffe après l’autre. Les serpes font un bruit de chèvre qui broute. Parfois quelqu’un se redresse, s’étire longuement, crie une gaudriole qui porte à faux parce que la chaleur est venue, puis se penche de nouveau. Le sac plein, on l’attache, puis on le laisse là, tout odorant comme une outre pleine d’été et de montagne. […]
Avec le soleil, les bêtes se sont levées et dansent dans la lumière. Des vols bleus ou rouges de sauterelles ailées fuient devant la main des hommes. Des papillons bleus, des mouches, des abeilles, des milliers d’insectes. Tout ça court, saute, vole. Parfois un glissement furtif de vipère, un cri de femme qui fait lever quelques têtes. Puis, plus rien. Le grand tremblement de la lumière ; le bourdonnement aigu des menues bêtes. La roue du soleil écrase la terre. » In Tempête de printemps

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