Jean Proal

Espace du livre

JEUDI 17 AOÛT 2017 - Jean Proal sera présent au 16e Espace du Livre Yvan Audouard à Valensole, avec l'AAJP....

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Jeudi 17 août 2017 de 9h00 à 18h00

Promenade Segond (salle polyvalente en cas de pluie)
04210 Valensole
Tél. 04 92 71 19 41
site web

16e Espace du Livre Yvan Audouard

Jean Proal (1904-1969) sera présent pour la 16ème édition de l’Espace du Livre, à travers  l’Association des Amis de Jean Proal, et tous les ouvrages disponibles à l’association ainsi que le DVD du film Bagarres remasterisé.

Espace du livre

Jean Proal © Proal

Extrait du livret qui sera distribué :

Jean Proal (1904-1969) né à Seyne les Alpes (04), a une écriture tout en profondeur et qui nous saisit dès la première lecture. C’était un homme modeste et discret. Reconnu d’auteurs remarquables et remarqués (dont Max Jacob, Cendras, ou Maria Borrléy et Giono…) Jean Proal nous donne à sentir à son écoute cette palette d’amour des lieux et des êtres – aussi bien auprès de la Camargue que de la montagne (les Alpes et le Ventoux).

L’association des Amis de Jean Proal s’est donné pour mission de faire connaître et reconnaître cette œuvre qui demeure trop oubliée – grâce à des lectures, des expositions, des rencontres…

Les lavandes © Jacques Cantraine

Pour Valensole, ce plateau qui est un haut lieu de la lavande et des amandiers, on pourra lire cet extrait sur les lavandes :

Entre le foin et la moisson, le temps des lavandes pousse sa fièvre rouge et bleu.
Rouge, flamme de l’été sur la garrigue ; bleu des fleurs à longue tige ; bleu tremblant des soirs et des matins aux marges du soleil. Sueur ardente des corps. Bleu des billets qui s’entassent aux caches secrètes.
Dures journées du temps des lavandes, mais belles journées. Seuls jours des durs pays où l’on sorte de la longue routine. Seuls jours où le travail est payé geste par geste, où l’on ramasse une pincée d’argent à chaque fois qu’on se baisse. Seuls jours où le travail du matin rejoint le soir l’argent de la veille et augmente le tas.
Dur travail, quand même. La montée de nuit vers les plateaux lavandiers alors que la fatigue se réveille et tire sur les membres lourds et pèse sur les yeux. On monte en silence, à côté du ruisseau qui chante à petit bruit. Le Pic et la Barre bouchent la moitié du ciel comme un grand cadavre de bête. Le vent de nuit danse encore sur le plateau avec un frémissement léger. Puis il s’enlève d’un élan pour souffler les dernières étoiles. La terre et le ciel deviennent gris, puis la terre se durcit et l’on voit sortir des montagnes lointaines de la brume de l’horizon.
Dur moment, celui où il faut se baisser de nouveau après la nuit trop courte. Dans les corps engourdis les os craquent pesamment. Il faut y aller, pourtant. Il ne fait pas encore chaud. Les tiges plus fraîches cèdent mieux sous la serpe. Les bêtes dorment encore. Et puis, il faut choisir le bon endroit. Le coin où les touffes pas trop serrées ont pu s’élargir et se hausser en belles tiges, où chaque coup de serpe vous laisse dans la main une botte pesante.
Les heures tournent, marquées sur la vallée par l’aiguille du Pic. Vers l’est, du côté du Cheval Blanc, le ciel se dore lentement. Une brume légère monte des creux. Puis le soleil se rapproche, allumant une après l’autre les collines. L’angélus monte de la chapelle des Fraches. Un autre lui répond – Valfrède sans doute – puis un autre, plus loin. C’est comme des bulles de savon qui viennent crever l’air calme du matin.
Dans les bois de la Barre un chien mène une chasse paisible et tenace. Le soleil est là et, tout de suite, de la terre surchauffée, monte une buée qui fait danser les choses.
Sur les nuques baissées, offertes en plein à la dent du soleil, les mouchoirs se sont dépliés, que l’on mouille de temps à autre à l’eau de la gourde. On avance, lentement, en traînant après soi le sac qui s’alourdit. Pas à pas, une touffe après l’autre. Les serpes font un bruit de chèvre qui broute. Parfois quelqu’un se redresse, s’étire longuement, crie une gaudriole qui porte à faux parce que la chaleur est venue, puis se penche de nouveau. Le sac plein, on l’attache, puis on le laisse là, tout odorant comme une outre pleine d’été et de montagne.
Avec le soleil, les bêtes se sont levées et dansent dans la lumière. Des vols bleus ou rouges de sauterelles ailées fuient devant la main des hommes. Des papillons bleus, des mouches, des abeilles, des milliers d’insectes. Tout ça court, saute, vole. Parfois un glissement furtif de vipère, un cri de femme qui fait lever quelques têtes. Puis, plus rien. Le grand tremblement de la lumière ; le bourdonnement aigu des menues bêtes. La roue du soleil écrase la terre.

Jean Proal Tempête de printemps p. 99 sq