Jean Proal

Assemblée Générale 2019 de l’AAJP

Assemblée Générale 2019 de l'AAJP les Samedi 14 et Dimanche 15 septembre 2019 à Forcalquier...

Logo-AAJPAssemblée Générale 2019 de l’AAJP

Samedi 14 septembre
Dimanche 15 septembre 2019

Maison des Métiers du Livre
4 avenue de l’Observatoire
04300 Forcalquier
Tél. 06 88 10 70 63

Assemblée Générale annuelle de l’Association des Amis de Jean Proal

L’association “Les Amis de Jean PROAL” tiendra son Assemblée Générale Ordinaire les samedi 14 septembre & dimanche 15 septembre 2019 à la Maison des Métiers du Livre de Forcalquier 4, Avenue de l’Observatoire, 04300 Forcalquier.

Vous êtes cordialement conviés à cette rencontre – ouverte à tous (adhérents, sympathisants et tout public).

Vous pourrez découvrir des expositions d’ouvrages (éd. princeps et ouvrages rares) de Jean Proal et celle de la Médiathèque du 04.

Outre des Expositions & Lectures, vous pourrez découvrir divers documents audio et vidéo…

Et sera programmé, au Bourguet à 16h30, Crin Blanc d’Albert Lamorisse et Denys Colomb de Daunant.
La projection sera suivi d’une lecture par Yves Mugler.

Programme

assemblee-generale-2019samedi 14 septembre

  • 10-12h : assemblée générale 2019 de l’Association des Amis de Jean Proal
  • 12h15-14h : repas partagé (réservation avant le 06/09)
  • 14h15 :  lecture, échanges
  • 16h30 : projection de Crin Blanc au Bourguet (film carte ou 7 €) – suivie d’une lecture par Yves Mugler

dimanche 15 septembre

  • 10-13h : visite de Forcalquier & dialogue sur l’hommage 2019 sur la vie et l’écriture

Nous vous proposons de partager un buffet au prix de 15 euros/personne, avec boissons et café.
Réservation obligatoire par mail ou au 06 88 10 70 63 et par envoi de chèque à l’ordre de l’association avant le 07/09.

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© Paccart

La Camargue, avec la montagne, est au cœur de l’œuvre de Jean Proal (roman, nouvelles, récit, conférences, témoignages etc.)

La parution 2019 lui est consacrée

Revue n° spécial, n° 13, Jean Proal et Georges Item, en quête de la Camargue & des Alpilles.
Il avait été décidé d’honorer le cinquantenaire par ce “dialogue” entre textes et œuvres picturales (expo de Forcalquier).
Contribution de d’A-M. Vidal avec Claire & Mario Pacchiani.
Prix 18 € (ce numéro tout en couleur au format 20×21 reste au même prix pour les adhérents).

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Revue n°13 de l’AAJP

Plusieurs de nos revues publient des textes de Proal sur ce thème

Extraits

C’est un pays où rien ne se dresse, rien ne domine, où rien de ce qui dépasse le ras de terre ne pourrait résister à l’inlassable usure du vent, de l’eau et du sel. C’est un pays où rien ne se passe – sinon à une échelle qui n’est plus guère à la mesure humaine. Un pays où la trop éclatante lumière a dévoré toute couleur. Mais le ciel le plus vivant du monde y joue sur les nuances les plus délicates et y fait trembler des mirages.
Pays de genèse où les éléments encore confondus semblent hésiter. Royaume des reflets et des illusions. Ciel où courent des îles pourchassées par le vent. Terres qui fluent. Eaux mortes où bougent des courants. Plaine incertaine qui n’obéit pas aux lois de la terre et ignore celles de la mer. Pays du silence où le silence est fait de la rumeur de la vie originaire.
Haute montagne, étendue des mers, dunes des saharas, étangs et marais, je tiens que tous les déserts se ressemblent. Avant toute chose indifférents à la présence de l’homme, ils se ressemblent dans leur façon de modeler l’homme, de le contraindre ou de l’exalter, de le forcer d’aller jusqu’aux plus extrêmes et aux plus profondes limites de lui-même pour seulement se prouver qu’il existe, ou qu’ils ont cessé d’avoir une existence propre. Et n’est-ce pas là une définition de la conscience d’être ou de son symétrique : la volonté, la possibilité de se dissoudre ? Le désert est une disposition intérieure (peut-être une disponibilité, et là est la magie) plus qu’un paysage ou un ensemble de conditions de vie.
C’est alors que j’ai entendu les flamants arriver. J’ai entendu leur cri, le doux parler qu’ils prennent en vol, et j’ai vu d’abord comme un fil de brume grise et rose qui flottait dans la brume des lointains.
C’est alors que commença le mirage. La plage, vers la mer, très loin, devint plus foncée, comme si l’eau l’imprégnait par-dessous, gagnait la surface. Et ce fut – à la fois brusquement et d’une manière insensible – comme si l’étendue liquide envahissait tous les creux, se répondait, se mettait à luire de l’éclat sourd des vieux étains. Puis une falaise apparut, à la fois crayeuse et rose, avec des pans d’ombre, sommée de grands pins maritimes. À mesure que je la parcourais de l’œil, là où tout à l’heure l’étang se perdait dans le ciel, elle se prolongeait et se perdait enfin dans la frange lointaine d’une forêt dont je savais à coup sûr – si je pouvais être encore sûr de quoi que ce fût – qu’elle n’existait pas.
Je m’enfonçai dans cet étrange pays de sel, de sable et de cendre. Les plantes mêmes semblaient mortes. L’eau pâle que j’avais vu naître s’étalait devant moi, se résolvait en sable terne et aveuglant. Le soleil blanc ne projetait plus mon ombre. Il n’y avait plus de réel que cette falaise dont ma marche ne me rapprochait pas et cette forêt de brume. Des maisons basses, à peine teintées de rose, s’établirent entre les pins, s’effacèrent. Quelque chose qui pouvait être une église essaya de s’élever, de se construire, disparut.
J’étais au milieu d’un silence étrange, et le silence se déplaçait lentement avec moi.

In Magies de Camargue

 

Passé le grand bras du Rhône, à Trinquenaille – et le fleuve arrondit sa belle courbe pure et ouvre vers le Sud on ne sait encore quelle porte – le voyageur venu du Nord est entré en Camargue. Mais il ne le sait pas.
Entre les deux, cette lumière qui monte c’est le reflet du ciel sur les étangs et les marais et, plus loin, sur la mer. C’est l’appel et l’annonce et la promesse du pays magique, le plus incertain – sous le ciel multiplié aux innombrables clairs d’eau – que l’eau et la terre se disputent encore.
Plus que la terre et l’eau qui échangent leurs domaines dans un incessant et imprévisible balancement, mieux que les plages miroitantes de la sansouire où se cristallise le ciel, mieux que l’étendue des enganes, ce qui fait la Camargue c’est la lumière.
Ainsi, dans ce désert où pas une trace de l’homme ne dure, où les chemins de l’homme se perdent dans la perspective des lignes de force, où les maisons de l’homme se rasent sous le vent comme des bêtes couchées, ainsi apparut la vie à qui sut l’espérer tout au long de la journée sans espoir. Il suffisait d’avoir confiance. C’est-à-dire d’aimer.
Il faut, pour apprendre ce pays et s’en faire accepter, beaucoup d’humilité et une infinie patience. Il faut s’y perdre, abandonner ce qu’on apporte, oublier ce que l’on sait, s’oublier. C’est encore cela, l’amour. Accepte ce qui vient à vous. Être prêt.
Combien y sont venus, qui n’ont vu qu’un ciel vide sur une eau morte et une terre déserte ! […]
Dans ce pays où la trop éclatante lumière a usé toute couleur, ce pays gris où jouent seulement, assourdis, des reflets de pierres précieuses, le noir des taureaux et le blanc des cavales prennent une valeur de symbole : celui de la difficile pureté.

In Camargue

 

Il était venu souvent en Camargue, aimanté, ne sachant pas, ne voulant pas s’avouer qu’il y cherchait Jourdan, les raisons de Jourdan. Il était sûr pourtant qu’il finirait par l’y rencontrer et les réduire – le pays et l’homme – l’un à l’autre. Son instinct l’avait éloigné des fêtes, des pèlerinages et des courses, l’avait jeté dans les chemins de sable, les digues et la maremme. Il n’avait ni tout vu ni tout compris, trop timide et trop orgueilleux pour rien demander, sachant bien au surplus qu’un pays pareil demande plus qu’une vie d’homme pour se livrer. Mais il avait deviné beaucoup et senti davantage, préparé à cette solitude par d’autres déserts. […]
Ce qu’il venait de sentir passer chez Hélène – non pas la colère ou le défi, mais cette aversion – était ce qui pouvait le mieux le faire douter de soi, car Hélène représentait pour lui, depuis qu’il la connaissait, toutes les raisons de Jourdan. Et toutes les raisons adverses. Non pas ombres et lumières opposées, mais couleurs complémentaires dont la juxtaposition était à la fois cette lumière nacrée de la plaine et la lueur vide et plate des yeux que la jeune femme fixait sur lui. […]
Il s’irrita de son hésitation même. Il connaissait, pour les avoir éprouvées à plusieurs reprises, pour avoir failli s’y laisser prendre en des circonstances moins importantes, cette impression d’usure que dispense ce pays, cette conviction de l’inutilité de toute raison et de tout effort devant l’inexorable montée du sable et du sel, ce gauchissement de tous les rapports de valeurs.

In De sel et de cendre, p. 159-60